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Sport en clair : plus de volume, moins de diversité

Pour les 40 disciplines étudiées par SPORT INDEX, la capacité à être exposée, représente une forme de reconnaissance de leur attractivité, mais aussi un levier de cette dernière : être retransmises à la télévision peut devenir, pour les compétitions, les fédérations ou les ligues qui les organisent, un élément central, de leur économie. A la veille  de l’annonce de la répartition des droits de la Ligue des Champions sur le sol français pour la période 2021-2024, NPA Conseil et SPORT INDEX dressent un état des principaux droits TV en France ainsi que de l’accès du sport à la télévision en clair en 2019.

 

 

2019 : 929 heures de sport en clair sur la TNT (hors L’Equipe)

A un mois de la fin de l’année 2019, les chaînes de la TNT (hors l’Equipe), ont diffusé 929 heures de sport en direct à la télévision. Ce volume horaire ne représente pas en lui-même un record. Mais, jamais les sports dits majeurs n’auront autant dominé le paysage audiovisuel sportif : 95,4% de ce temps d’antenne a été consacré au Football, au Rugby, au Tennis, au Cyclisme, aux Sports de Glace, au Sport Automobile et à l’Athlétisme.

Répartition du volume horaire en clair par sport en 2019

Source : NPA Conseil sur données Médiamétrie / Audience Veille ; Niveau 1

Ces sept disciplines dominent le temps de retransmission en clair depuis 2011, et l’écart avec les autres sports n’a donc jamais été aussi grand, à l’exception des années olympiques (d’été), lors desquelles les « autres sports » ont occupé une part majeure en 2012, et presque majoritaire, en 2016 (respectivement 33,7% et 49,9% du volume horaire de diffusion en clair). Ce constat résulte aussi de la diminution quasi-constante de la place faite à ces disciplines par les chaînes en clair (hors La Chaîne l’Equipe).

Part du volume horaire des « Autres Sports » sur le volume horaire total de diffusion

 

Source : NPA Conseil sur données Médiamétrie

A 4 ans et demi des Olympiades parisiennes, qui mettront en avant 28 disciplines, il peut paraître surprenant de constater que l’exposition télévisuelle accessible à l’ensemble du public se concentre progressivement sur 5 d’entre elles (pas de sports mécaniques ni de sports d’hiver aux Jeux Olympiques d’été). On constate certes que sur les 40 disciplines étudiées par Sport INDEX, 21 d’entre elles ont bénéficié d’au moins une exposition en clair sur les chaînes de la TNT depuis 2011. Mais, à titre d’exemples, Biathlon (2015), Canoë-kayak (2017), Judo (2011) et Voile (2013) ne l’ont été qu’une fois (hors du cadre des Jeux Olympiques).

Aviron (deux années sur neuf), Basketball (sept), Boxe, (deux), Golf (deux), Gymnastique (deux), Handball (sept), Moto  (quatre), Natation (huit), Pétanque (huit) et Ski (six) ont eu une exposition audiovisuelle plus qu’anecdotique. Dans le même temps, 19 disciplines n’ont connu aucune diffusion sur la TNT depuis 2011 (hors Jeux Olympiques et la Chaîne L’Equipe), sans rapport avec leur capacité à rapporter des médailles à la France : Double médailles d’argent pour les tireurs à l’arc français (J.O 2016 et championnats du monde 2019), médaille d’argent et double médailles de bronze en Taekwondo (J.O et championnats du monde 2019), 8 médailles chacun dont 6 en or pour les tireurs et escrimeurs français dans les différentes compétitions internationales depuis 2016…

En vert, les sports diffusés sur les chaînes en clair, à l’exclusion de la Chaîne l’Equipe. 

S’agissant des diffuseurs, et comme il avait été évoqué il y a peu par Sport INDEX, le Groupe TF1 monte en puissance en nombre de compétitions diffusées par ses chaînes (TF1, TFX et TMC), comme de volume horaire (qui a triplé depuis 2015, passant de 76 heures en 2015, à plus de 210 cette année. La montée en puissance des chaînes en clair du groupe Altice (BFM TV, RMC Story, RMC découverte) et la régularité des chaînes du groupe M6 (M6, W9) compensent l’érosion de la place occupée par France TV et par les chaînes en clair du groupe Canal+ dans la diffusion du sport en clair.

Répartition du volume horaire par Groupe de chaînes (en %)

Source : Sport INDEX sur données Médiamétrie

 

Le nouveau rôle de La Chaîne l’Equipe

Créée en 1998, L’Equipe TV (Amaury Group) est devenue L’Equipe 21, et finalement L’Equipe, après son autorisation en tant que chaîne de TNT HD en clair en 2011/2012. D’abord centrée sur l’information sportive et sur des formats « froids » (magazines, documentaires…), elle a évolué vers un format plus « événementiel », avec la diffusion de premières compétitions (Hockey sur Glace, Basketball et Boxe).

L’Equipe dispose aujourd’hui des droits TV de plus de 120 compétitions sportives, dont le Giro (Tour d’Italie ; en exclusivité jusqu’en 2020), les matchs de la Ligue des Nations et ceux des éliminatoires de la zone Europe pour le mondial de football 2022, les combats de la boxeuse championne olympique Estelle Mossely (en exclusivité), les Coupes de France de Handball masculin et féminin (2017-2020) …

Tous sports confondus, la chaîne a diffusé, en Live et en différé, 3258 heures de compétitions sportives en clair en 2018, et 2973 heures cette année (à date du 25 novembre). S’agissant des 40 disciplines traitées par Sport INDEX, leur volume horaire représentait 2210 heures en 2018, et 2350 en 2019.

L’Equipe retransmet principalement du Cyclisme (571 heures en 2018 et 683 heures en 2019), de la Pétanque (670 heures en 2018 et 654 heures en 2019), du Football (273 heures en 2018 et 241 heures en 2019) et du Biathlon (293 heures en 2018 et 143 heures en 2019). Ils représentent à eux quatre la moitié de la programmation de compétitions sportives. Mais la chaîne constitue aussi une vitrine pour d’autres disciplines qui ne bénéficient pas d’exposition sur les autres chaînes de la télévision en clair : Hockey sur Glace (20 heures de diffusion en 2019), Boxe (16h), Judo (106h), Badminton (33h), l Canoë-kayak (6h), ou encore Aviron (5h). Au total, en 2019, La Chaîne l’Equipe a diffusé 25 des 40 disciplines analysées par l’étude SPORT INDEX, dont 14 n’ont pas connu d’autre diffusion en clair.

Répartition des diffusions des disciplines Sport INDEX en fonction du canal de retransmission

 

Source : Sport INDEX

 Quelle place pour le sport féminin ?

Depuis 2012, les chaînes en clair affichent un intérêt croissant pour le sport féminin, et la diffusion de la Coupe du Monde de football sur les antennes du groupe TF1 a été le point d’orgue de ce mouvement. Le nombre de compétitions et de disciplines diffusées, le volume horaire qu’ils représentent, et les audiences TV qu’ils réalisent enregistrent des hausses sensibles.

En 2012, trois disciplines féminines (hors tournoi des dames de Roland Garros) bénéficiaient d’une exposition sur les chaînes en clair pour un total de 46 heures de diffusion :  Football (23 heures), Tennis (Fed Cup – 19 heures, et Rugby (3 heures).

Si ces trois dernières conservent une place dominante, d’autres disciplines intègrent maintenant régulièrement les grilles des chaînes en clair. En 2019, 6 disciplines se sont partagées les 147 heures de diffusion de sport féminin : Football (97 heures), Tennis (24 heures), Rugby (16 heures), Basket (5 heures), Sports de Glace (4 heures), et Handball (4 heures). Et s’agissant du rugby, il est important de noter que France TV diffuse depuis 2018 une partie du Tournoi des 6 Nations féminin sur France 2, et plus seulement sur France 4. Il y a deux ans, c’est l’Athlétisme féminin qui avait fait son apparition sur les antennes du Groupe Altice, avec la diffusion du Meeting féminin du Val d’Oise sur RMC Story.

Répartition du volume horaire du sport féminin à la télévision en clair depuis 2012 (en heures)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette montée en puissance peut s’expliquer par trois raisons :

– les bonnes performances des athlètes et équipes françaises, qui accèdent régulièrement aux  phases finales, leur permettent une exposition médiatique plus conséquente : les handballeuses sont championnes du monde et d’Europe en titre ; l’équipe de France de tennis vient de remporter la dernière Fed Cup, l’équipe de France de Rugby termine systématiquement sur le podium du tournoi des 6 nations (victoire en 2018) et occupe la 4ème place au classement mondial ; les basketteuses accèdent depuis 4 éditions à la finale du championnat d’Europe de Basketball…

-L’apport de La Chaîne l’Equipe, qui, depuis 2018 diffuse des compétitions féminines auparavant absentes des écrans TV, telles que le championnat du monde de curling, la coupe de France de handball, le championnat du monde de volley ball, ou encore le championnat d’Europe de football des -20 ans.

-Enfin, la progression du volume horaire du sport féminin est également encouragée par les audiences qu’il permet d’offrir aux diffuseurs. Si l’année 2019 a été exceptionnelle grâce à la Coupe du Monde de football diffusée sur TF1 (5 des 10 meilleures audiences de l’année, tous programmes confondus, l’ont été par des matchs des bleues lors de la compétition), le nombre de téléspectateurs qui assiste à la télévision en clair du sport féminin est en constante augmentation. Si l’on s’arrête aux années impaires (en fonction des compétitions diffusées), l’audience moyenne était de 558 000 téléspectateurs en 2015, de 717 000 en 2017, et de 1,8 millions en 2019. Le constat est le même lors des années paires (292 000 téléspectateurs en moyenne en 2014, puis 471 000 en 2016, et 596 000 en 2018).

Ligue des Champions : qui pour remporter le gros lot ?

Alors que l’UEFA réceptionne ce jour les offres des différents candidats à la diffusion des coupes européennes de football (Ligue des Champions, Ligue Europa et Ligue Europa Conférence) pour la période 2021-2024, le suspense bat son plein quant aux noms du ou des heureux élus.

La bataille s’annonce rude entre l’actuel détenteur des droits RMC Sport, ses prédécesseurs déchus en 2017, (Canal+ et beIN Sports) ou le nouveau venu Mediapro qui a déjà raflé les droits de la Ligue 1 au nez et à la barbe des historiques du secteur (période 2021-2024). A cela s’ajoute le possible positionnement des géants du net sur certains lots alors qu’Amazon a déjà sauté le pas en France en s’octroyant une partie des droits de retransmission de Roland Garros à partir de l’édition 2021.

En raison des montants mobilisés (350 M€ déboursés par SFR Sport à l’époque pour la période 2018-2021), il est peu probable de voir des chaînes en clair s’immiscer dans le débat. Si le groupe Altice avait frappé un grand coup en doublant son investissement en 2017 par rapport à ce que payaient précédemment Canal+ et beIN Sports, nul ne sait si les acteurs en course consentiront à augmenter leurs dépenses ou si la sagesse économique l’emportera avec des montants stables par rapport au cycle actuel (comme ce fut le cas ces derniers jours outre-Manche avec des droits conservés par l’opérateur BT pour un montant de 465 M€ par an, équivalent à celui versé sur la période 2018-2021). Les droits des compétitions européennes restent des droits haut de gamme, qui font office de véritable vitrine pour les acquéreurs, mais qui peuvent s’avérer risqués financièrement. Alors que les comptes du groupe qatari affichent d’importantes pertes (plus d’1,4 Md€ depuis le lancement de beIN Sports dans l’Hexagone en 2011), le Groupe Canal ne parvient pas à endiguer la fuite de ses abonnés. Si ces deux acteurs paraissent être les plus fragiles, l’équation n’est pas évidente non plus pour le candidat sortant RMC Sport – avec un parc de 2 millions de clients (contre 3,2 pour beIN Sports) et des accords de distribution limités (seuls les clients SFR et Canal Satellite ont accès à l’offre hors formule OTT) – et la rentabilité économique d’un tel investissement continue de poser question. Reste que la chaîne sport du groupe Altice se retrouverait nettement affaiblie si elle venait à laisser échapper ces droits premiums. Alors qu’il a fait part de son intention de lancer une chaîne dédiée au sport, le groupe catalan Mediapro pourrait quant à lui profiter de l’occasion pour étoffer un catalogue qui se limite aujourd’hui aux principaux droits de la Ligue 1 et deviendrait ainsi l’acteur incontournable de la planète foot en France.

Enfin, alors qu’elle espère valoriser une nouvelle fois à la hausse les droits de ses produits phares, l’UEFA (Union des associations européenne de football) n’écarte pas l’hypothèse d’une possible distribution en direct auprès du public via son propre service de streaming par abonnement. « Nous voulons juste être prêts et avoir des options alternatives » a-t-elle fait savoir en plein appel d’offres.

L’instance en charge de la gestion et du développement du football européen craint que l’inflation des droits télévisés arrive à son terme. Si elle s’est réjouit de la croissance continue des montants dépensés par les diffuseurs historiques et les nouveaux entrants au cours de ces dernières, elle a conscience des enjeux de rentabilité qu’impliquent de tels investissements, qui plus est à l’heure où la plupart de ces grands acteurs voient leur modèle remis en question par la concurrence de nouveaux venus dans le monde du divertissement (Netflix en tête). L’association envisage donc de faire évoluer sa plateforme OTT UEFA.tv en service de diffusion de matchs. Dans les pays où les partenaires se font rares et les montants des droits TV sont faibles pour l’instant, avant de peut-être faire cohabiter ce modèle avec celui des diffuseurs locaux dans les territoires de premier plan dans les années à venir.

Evolution des droits TV des compétitions européennes en France (en M€)

Un appel d’offres à même de redessiner le paysage sportif français

Quel que soit le résultat de l’appel d’offres lancé par l’UEFA, il aura des implications majeures sur le devenir des principaux groupes intéressés par la retransmission d’évènements sportifs. L’attribution des droits de la plus prestigieuse des compétitions annuelles de football va redessiner le paysage des chaînes sportives françaises pour les années à venir en renforçant la position de certains acteurs et en en fragilisant d’autres.

A l’occasion de cet l’appel d’offres, NPA dresse un panorama des droits sportifs majeurs dont disposent les principaux diffuseurs TV dans l’Hexagone.

Panorama des principaux droits sportifs pour la saison 2019/2020

Source : NPA Conseil

Récapitulatif des durées d’engagement des principaux droits sportifs

Source : NPA Conseil

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