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Football à la télévision : la remontada de Canal+ n’a pas privé Mediapro de toutes ses cartes

La situation est paradoxale : la valeur « premium » des droits sportifs n’a jamais été autant reconnue – si l’on se repose en tout cas sur l’augmentation de leur montant – et rarement l’incertitude a été aussi grande sur la façon dont ils seront bientôt distribués.

Un paysage audiovisuel sportif en voie de simplification

Après avoir été devancé par Mediapro et beIN Sports lors de l’appel d’offres de mai 2018 pour les droits de la Ligue 1 (acquis contre 1,15 Mds€ annuel), Canal+ a opéré une remontada en quatre temps :

  • D’abord en reprenant les droits de la Premier League en intégralité pour la période 2019/2022 (acquis contre 100M€ annuel, partagés pour moitié avec RMC Sport).
  • Ensuite, en sortant en tête de l’appel d’offres pour la Ligue des Champions 2021/2024 (l’autre gagnant de l’appel d’offres étant beIN Sports. Les deux groupes débourseront au total 375M€/an).
  • En rachetant à beIN Sports les lots que cette dernière avait remportés sur la Ligue 1 2020/2024 (deux matchs en exclusivité par journée, dont 28 des meilleures affiches réparties sur les 38 journées, mais sans le rendez-vous historique que représentait pour les abonnés de Canal+ le match du dimanche soir).
  • Enfin, cerise sur le gâteau, en s’adjugeant la meilleure affiche de l’Europa League de chaque journée, et les deux finales de cette même compétition et de la nouvelle Europa League Conférence, pour la période 2021/2024.

Dans le même temps, début décembre, le groupe catalan Mediapro a complété son dispositif qualitatif sur la Ligue 1 et la Ligue 2 en s’adjugeant les diffusions des multiplex, des barrages et le trophée des champions (lots 5 et 7 de l’appel d’offres de la LFP, qui n’avaient pas été attribués en 2018) par une offre volumineuse sur l’Europa League jusqu’en 2024, comprenant 266 affiches en exclusivité par saison ainsi que le choix de la finale entre l’Europa League et l’Europa League Conférence.  

Au final, un paysage qu’on dénonçait comme trop fragmenté a, a minima, l’avantage de s’être polarisé : beIN Sports a endossé le costume de meilleur allié de Canal+ (cession d’une partie des droits de la Ligue 1 par un accord de distribution, et il vient de renforcer son poids dans l’alliance en s’adjugeant la diffusion intégrale du prochain Euro (12 juin – 12 juillet) ; Altice/SFR, sans l’exprimer à haute voix, se prépare de son coté à tourner la page de son aventure au pays du sport premium.

Un rebondissement toujours possible dans l’équilibre des forces

Mais trois questions empêchent encore de se projeter sereinement sept mois en avant, à l’heure où débutera la prochaine saison du championnat national.

La première a trait au tuilage des calendriers : l’axe beIN-Canal+ prendra toute sa force à partir de la saison 2021/2022, puisque le début du nouveau cycle des droits TV de la Ligue des Champions par les deux alliés, s’ajoutera à la diffusion partielle de la Ligue 1 sur Canal+, entamée un an plus tôt. Pour les deux partenaires, la saison 2020/2021 se situera donc, à ce stade, au creux de la vague.

La seconde concerne les droits susceptibles de changer de propriétaire, et qui pourraient modifier l’équilibre des forces entre les deux opposants : c’est beIN Sports qui assure aujourd’hui la diffusion de trois autres championnats européens majeurs (Liga, Bundesliga, Serie A), mais ses droits viendront à expiration au printemps et le lancement d’un nouvel appel d’offres pour leur réattribution apparaît donc imminent… Quant à Altice/SFR les droits de sa dernière saison de compétitions européennes (valorisés à 350 M€), représenteraient un atout majeur, s’il les revendait à l’un ou l’autre des belligérants.

La capacité de Mediapro à conclure des accords de distribution constitue le troisième point. Son patron Jaume Roures, qui s’était entretenu en exclusivité pour NPA Conseil en novembre dernier, s’affiche inébranlable dans sa capacité à recruter 3 à 4 millions d’abonnés à un tarif de 25€ par mois. Pour ce faire, le groupe catalan a annoncé le lancement, au début d’été 2020 de sa chaîne Médiapro, en OTT a minima. Cependant, on l’imagine mal ne pas chercher à sécuriser une partie de son investissement dans le football français par des minimums garantis négociés avec les distributeurs. Sur cet aspect aussi, Altice détient une clé essentielle avec les 6,3 millions de clients fixes de SFR.

Les dés, quels que soit le sens dans lequel ils rouleront, suffiront-ils à définitivement « plier le match » ? Parce que le cycle de renégociation des droits – qu’ils soient nationaux ou européens – ne dépasse pas quatre ans, la notion de position acquise n’a jamais existé en matière de droits sportifs… et elle vaut moins que jamais depuis que la systématisation du « sans engagement » ont abouti à une extrême volatilité de la part des clients.

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