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Etude HADOPI-CSA : L’émergence difficile de la diffusion du sport sur internet en France

Depuis le début des années 2010, les technologies et les habitudes de visionnages ont fondamentalement changées. Si la TV linéaire reste le moyen traditionnel de diffusion et de consommation du sport en Live, elle doit désormais faire face au marché émergent de l’OTT sportif. Cependant, face à la multiplicité de ses acteurs et les habitudes de piratage des contenus sportifs, ce nouveau mode de visionnage connaît certains freins avant d’intégrer pleinement les foyers français.

Stratégies et objectifs différents pour une multitude d’acteurs

Le développement de la diffusion de contenus sportifs en live sur internet, dans le monde et notamment en France, a attiré de nombreux acteurs, dans un marché toujours plus concurrentiel.

La diffusion en OTT offre à des acteurs déjà implantés sur le marché de la diffusion sportive ou non, une nouvelle fenêtre de visibilité, et leur permet ainsi d’atteindre un nouveau public pour élargir leur base d’abonnés. L’immense majorité de ces offres proposent une flexibilité aux abonnés, au travers de la possibilité d’y souscrire sans engagement notamment, qui se démarque des offres linéaires traditionnelles. Diffuser son offre en ligne est également un moyen de réaliser des économies en termes d’investissements techniques et d’acquisition de droits, pour des éditeurs qui souhaitent se développer sur plusieurs territoires.

Dans ce marché émergent, 4 groupes d’acteurs sont à distinguer, avec pour chacun d’eux des stratégies et objectifs différents :

  • Les éditeurs de télévision gratuite ou payante, sportive ou généraliste: s’adapter aux nouveaux usages, conserver/élargir leur public (Canal+, Bein, RMC Sport, France TV…)
  • Les ayants droits des compétitions: s’implanter dans le monde de la diffusion numérique du sport, et développer l’image de la compétition auprès d’un nouveau public/territoire tout en générant de nouveaux revenus (NBA League PASS, F1 TV, LNV TV, FFF TV…)
  • Les Pures Players: optimiser son développement à l’international, notamment par l’acquisition de droits de compétitions de second plan dans certains territoires (exemple : Diffusion par DAZN de la Ligue des Champions au Japon)
  • Les réseaux sociaux: utiliser  les contenus sportifs pour fidéliser leur audience, mieux monétiser leurs contenus et renforcer l’attractivité générale de leur service (Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat).

Perception de l’offre OTT et profils des utilisateurs français

Si les offres sportives proposées par les chaînes de télévision (Canal+, Bein Sports, RMC Sport, Eurosport) sont largement connues du grand public, les offres dîtes « purement » OTT (disponibles uniquement sur internet) souffrent d’un déficit de notoriété : 86% des internautes français[1] connaissent au moins une offre sportive audiovisuelle (dont 40% savent qu’elles peuvent être disponibles en ligne), mais seulement 44% ont déjà entendu parler des offres OTT, et 26% connaissent une offre « purement OTT ». A titre de comparaison, 72% de français connaissent l’offre sportive de Canal+, tandis qu’uniquement 12% d’entre eux sont au courant de l’existence de l’offre purement OTT NBA League Pass (la plus connue selon l’étude).

S’agissant des abonnements, 24% des internautes ont souscrit à au moins une offre payante de sport. Parmi eux, 62% indiquent être abonnés à une autre offre, sportive ou non. Dans le détail, 19% des internautes français sont abonnés au moins à une offre sport via Canal+/box et 8% sont abonnés  à au moins une offre OTT.

Le  profil des abonnés aux offres de sport en « pur OTT » diffère de celui des abonnés aux offres de chaînes de sport classiques: plus masculin, plus jeunes, plus CSP+ : 70% sont des hommes (+9 points vs offre OTT d’une chaîne), avec une moyenne d’âge de 31 ans (-5ans), et la moitié  d’entre eux intègrent les CSP+ (+3 pts).

Profil des abonnés à une offre OTT sport en France

Profil des abonnés à une offre purement OTT vs une offre OTT d’une chaîne payante

Parmi les abonnés à des offres OTT sportives quelles qu’elles soient, 90% des utilisateurs consomment du contenu sur des terminaux mobiles, et 56% à l’extérieur du domicile. Globalement, si les abonnés attribuent une note  de 7,7/10 à la qualité des services OTT, un grand nombre d’entre eux se tournent vers des moyens de substitution de visionnage du sport en live.

Le piratage, frein majeur de l’OTT sport

Si le prix de l’offre (39% des internautes estiment les prix d’abonnements trop élevés) et la versatilité des abonnés liée à la souplesse des offres sans engagement des acteurs, constituent un léger frein quant à la pleine émergence du marché de l’OTT Sport en France, le piratage des contenus sportifs reste le fléau principal de ce marché.

Si les contenus sportifs étaient relativement peu piratés au début du siècle (en comparaison avec les secteurs du cinéma et de la musique), le développement du streaming et des connexions très haut débit ont fortement modifié la donne ces dernières années.

Comme l’avait déjà évoqué NPA Conseil l’an dernier, la multiplication des acteurs et la fragmentation des offres de sport poussent les « pirates » à consommer illégalement et gratuitement du contenu sportif sur internet. Au cours des 12 derniers mois, 17% des internautes français 15+ ont eu recours à des moyens illégaux pour visionner du sport en live. Et cette répartition s’avère très homogène entre les abonnés et non-abonnés, puisque 47% des « pirates » sont déjà abonnés à une offre sportive payante. De plus, ce mode de visionnage n’a pas encore atteint son pic puisque 46% des pirates ont commencé le visionnage illégal de contenus sportifs après 2018. S’agissant du mode d’accès, un peu plus de 1/3 de ces usagers illicites accèdent à ces sites de streaming sportifs via des liens issus des réseaux sociaux.

Selon Médiamétrie, la Ligue 1 et la Ligue des Champions sont les compétitions sportives les plus piratées en France, avec respectivement 677 000 et 366 000 internautes pirates en moyenne par journée de compétition. Au T1 2019, le match ayant réuni le plus grand nombre d’actes de piratages étaient Lyon-PSG, avec 638 000 téléspectateurs illicites. Pour rappel, l’affiche avait réuni 1,5M  téléspectateurs sur Canal+ le 12 mars 2019.

[1] Selon l’étude Hadopi-CSA « La diffusion du sport sur internet » basé sur un panel d’internautes 15+ dans la population française

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