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Covid-19 : Une fin de saison très mouvementée

Si le monde du sport a connu un arrêt sans précédent à cause de la crise du corona virus, l’actualité de cette fin de saison, tant sur le plan calendaire, médiatique et économique, vient poser de nombreuses question à l’aube, déjà, de l’exercice 2020-2021.

Les calendriers sportifs confrontés aux risques d’engorgement

Les nombreux reports et annulations des compétitions sportives causés par le corona virus depuis le début du printemps se prolongent en problématiques opérationnelles importantes pour les organisateurs en vue de la saison à venir : leur programmation devra tenir compte des reports d’événements qui auraient dû se tenir en 2020 (Euro de Football, J.O de Tokyo…) à l’été 2021, qui vont indubitablement accélérer la fréquence des matchs pour les joueurs et les diffuseurs.Les calendriers confrontés au risque d’engorgement

Evènements sportifs majeur internationaux reportés/annulés

Concernant le Football, si la France est le seul des cinq grands championnats (Allemagne, Angleterre, Espagne et Italie) à ne pas avoir repris le cours de la saison 2019/20, la LFP a néanmoins acté une date de reprise pour la saison prochaine, prévue pour le 23 août. Et si la Ligue dispose de plus de visibilité que ses voisins européens, qui n’ont pas encore terminé la saison en cours (il reste 7 journées à jouer en Angleterre, 6 en Espagne, et 11 en Italie), et n’ont pas annoncé de dates de reprise du prochain exercice, la Ligue 1 va débuter deux semaines plus tard qu’à son habitude, et augmenter la fréquence des matchs, compte tenu de l’obligation de finir plus tôt à cause de l’Euro 2021.

Le calendrier français va devoir aussi tenir compte du Final 8 de la Champions League (disputé notamment par Paris et Lyon), qui retardera  également la reprise de cette compétition pour la saison 2020/21, ainsi que des nombreux matchs internationaux prévus pour la préparation de l’Euro. Par ailleurs, le report de l’Euro Masculin en 2021 a eu deux autres conséquences : la modification des règles et du calendrier des qualifications pour le mondial de football 2022, et le report de l’Euro Féminin (initialement prévu en juin 2021), à juin 2022.

De plus, ce mardi 30 juin, la Confédération Africaine de Football a annoncé le report de la Coupe d’Afrique des Nations, initialement prévue en janvier 2021, à janvier 2022. Ce report est lié à la suspension des matchs de qualification pour la phase finale de la compétition, qui sont également à l’arrêt depuis plus de 3 mois.

Enfin, concernant la durée des matchs, la FFF a acté cette semaine la fin du système de prolongations dans les matchs de Coupe de France, en vue de la protection des organismes des joueurs.

Les autres sports collectifs vont devoir faire face à des problématiques calendaires proches, quitte à suspendre certaines compétitions pour alléger le calendrier :

-Rugby : La Ligue a annoncé une reprise « courant septembre », avec des spectateurs dans les stades. Cependant, deux problèmes, liés, se posent pour cette discipline : d’une part, l’existence de contacts permanents qui inquiète les autorités sanitaires quant à la transmission du virus, et d’autre part la « désathlétisation » des sportifs. Comme l’a indiqué le président du C.A. Brives, Simon Gillham à l’occasion du WebLive organisé par SPORT INDEX, « en rugby, il faut 8 semaines minimum de préparation normale – avec des contacts – pour reprendre la compétition ». Une obligation physique plus importante en rugby que dans d’autres sports qui pourraient fragiliser la santé des joueurs lors de la reprise.

-Basketball : les dirigeants de la FFBB ont pris la décision de ne pas reprendre les compétitions professionnelles tant que les enceintes sportives ne pourraient pas accueillir de spectateurs. En effet, les revenus de billetterie seront indispensables pour la discipline en raison  de la perte de revenus issus des droits TV causée par la fin de saison anticipée.  Comme pour le football, les journées devront être rapprochées, du fait de l’organisation des Jeux Olympiques en Juillet-Août 2021, mais également des Championnats d’Europe de Basket Féminin en juin 2021. L’Euro Basket Masculin, initialement prévu en septembre 2021, est lui décalé à septembre 2022 en raison du report des J.O de Tokyo.

-Handball : La Ligue nationale de handball a annoncé la date de reprise de la Lidl Starligue  le 23 septembre (aucune indication en revanche pour le championnat féminin, la ligue Butagaz Energie), avec des réserves liées à la situation sanitaire. La Coupe de la Ligue et le Trophée des champions sont suspendus afin d’alléger le calendrier. Comme pour le Basket, ces dates s’appliquent sous réserve de ne pas être soumis à des contraintes de huis-clos afin de pouvoir accueillir le public dans les enceintes. En revanche, aucune compétition internationale masculine ou féminine, n’a pour l’instant été décalée, et la prochaine à se tenir devrait donc être le championnat du monde masculin en Janvier 2021 en Egypte.

-Tennis : L’actualité a été marquée par des cas de corona virus chez plusieurs joueurs professionnels participant à l’Adria Tour, le tournoi amical organisé par Novak Djokovic début juin. A la différence de Wimbledon 2020, l’organisation des deux prochains tournois du Grand Chelem est confirmée. Mais l’US Open et Roland Garros n’échapperont pas à des problèmes de calendrier. En effet, les deux tournois seront à cheval l’un sur l’autre, à la grande inquiétude des organisateurs du tournoi de Flushing Meadows (fin prévue le 13 septembre) qui craignent que les meilleurs joueur-se-s privilégient la participation à Roland Garros (20 septembre). En raison de la pandémie, la Coupe Davies et la Fed Cup, dont les phases qualificatives devaient avoir lieu en mars dernier, et les phases finales en novembre prochain, ont toutes les deux été reportées à 2021.

-Cyclisme : L’interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes se terminant le 1er septembre, le Tour de France pourrait voir ses deux premières étapes se dérouler à huis clos, un aménagement pourtant très difficile à mettre en œuvre pour cet événement. Pour l’instant maintenue du 29 août au 20 septembre, la Grande Boucle sera la première des 3 grandes courses de l’année, et son report a joué sur le calendrier des deux autres courses qu’elle précède, Giro (3 – 25 octobre) et Vuelta (20 octobre – 8 novembre). Comme dans le cas du tennis, certaines équipes devront donc choisir de participer à l’une des deux courses, à cheval l’une sur l’autre. Le championnat du Monde de cyclisme, prévu (sans avoir été reporté) en Suisse à partir du 20 septembre, sera lui aussi amputé de plusieurs coureurs ayant participé au Tour de France.

Sport Automobile : En Formule  1, la FIA  a précisé le 6 juin dernier le calendrier de la saison 2020 qui démarrera le 5 juillet, en Autriche. Ce calendrier mis à jour prévoit huit courses, toutes en Europe, avec en ouverture deux GP d’Autriche les 5 et 12 juillet. Il est possible que des épreuves hors Europe (Chine, Canada, Bahreïn…) s’ajoutent par la suite, en fonction de la réouverture des frontières. La FIA a prévu un allègement du nombre de courses, en précisant que huit courses seront suffisantes pour décerner le titre de champion du monde. Les Grands Prix d’Australie, de Monaco et des Pays-Bas ont été officiellement annulés, et les grands prix prévus hors Europe ne sont pour le moment pas reprogrammés.

Droits Premiums : le football au cœur des débats

L’arrêt de la Ligue 1 Conforama (namée Ligue 1 Uber Eats à partir de la saison prochaine) en mars dernier a accéléré les débats sur sa diffusion en août prochain, et plus largement sur la diffusion du football européen en France. Dans ce cadre, SPORT INDEX a fait un état des lieux des perspectives pour chacun des acteurs intéressés.

Tout d’abord, l’axe beIN-Canal+ prendra toute sa force à partir de la saison 2021/22, puisque le début du nouveau cycle des droits TV de la Ligue des Champions gagné par les deux alliés, s’ajoutera à la diffusion partielle de la Ligue 1 sur Canal+, qui commencera en août 2020. Pour les deux partenaires, la saison 2020/2021 se situera donc, à ce stade, au creux de la vague, puisque RMC Sport dispose encore pendant une année (2020/2021) des droits de diffusion des compétitions européennes (valorisés à 350M€/an). Par ailleurs, ces droits pourraient représenter un atout majeur pour l’alliance beIN-Canal+ ou bien Médiapro, si l’un des diffuseurs arrivait à les acquérir via une sous-licence négociée avec le groupe Altice.

Du côté des championnats européens, les futurs changements de droits pourraient modifier l’équilibre des forces: si c’est beIN Sports qui assure aujourd’hui la diffusion de trois autres championnats européens majeurs (Liga, Bundesliga, Serie A), ses droits viendront à expiration à la fin de la saison 2020/2021. Le lancement d’un appel d’offres pour leur réattribution apparaît imminent et constituera un enjeu de taille. Pour la diffusion du championnat Anglais, les droits sont partagés jusqu’en 2022 entre Canal+ et RMC Sport.

Enfin, l’une des grandes questions du déroulement de la nouvelle saison s’articulera autour de l’aptitude du nouvel acteur TELEFOOT/Mediapro, diffuseur de 80% des matchs de Ligue 1 jusqu’en 2024, à conclure des accords de distribution, et dans sa capacité à recruter 3 à 4 millions d’abonnés à un tarif de 25€ par mois. Pour ce faire, le groupe catalan a annoncé le lancement de TELEFOOT en partenariat avec TF1.

Trois piliers ont été mis en avant : licence de marque, partenariat éditorial et de production, et partenariat de talent. Si un accord publicitaire aurait pu s’ajouter à ce partenariat, le groupe sino-espagnol a annoncé fin juin avoir fait le choix de confier la régie de sa chaîne à Amaury Média. Pour rappel, la chaîne TELEFOOT commencera à émettre au mois d’août, à l’occasion de la reprise des Championnats (22 août pour la L2, 23 août pour la L1). Médiapro, qui diffusera également à partir de la saison 2021/22 266 matchs (hors grosses affiches) de la Ligue Europa et de la nouvelle Ligue Europa Conference, a par ailleurs indiqué que ses studios seraient situés au Parc des Portes de Paris d’Icade.

Ailleurs en Europe, la question des droits Premium du football a été également un enjeu majeur durant ce printemps.

En Italie tout d’abord, les instances de la Serie A et beIN Group sont entrés en conflit mi-juin, entraînant une interdiction de diffusion du championnat italien sur les antennes internationales du groupe, dont la France, pendant deux journées.

En cause, un contentieux entre les deux parties issu du refus par beIN Media Group de payer la dernière tranche de diffusion du championnat (qui n’avait jusqu’alors pas repris), sur fond de conflit géopolitique, puisque la Serie A a confié l’organisation de la Supercoupe d’Italie à l’Arabie Saoudite, accusé par le groupe qataris d’avoir organisé un piratage massif de ses services. Si ce blocage n’aura duré que quelques jours (beIN débourse, selon Bloomberg, 150M€/an pour diffuser la Série A dans 35 pays différents), la diffusion du Calcio par beIN Media Group, dont les droits sont sécurisés, jusqu’en 2021, reste fragile.

En Allemagne, les résultats du premier appel d’offre post-covid de droits premiums de football ont rendu leur verdict : contre 1,1Md€/an, Sky et le DAZN se partageront la diffusion de la Bundesliga outre-Rhin de 2021 à 2024. Si, malgré la crise,  la Ligue Allemande a limité la baisse de revenus, comparé au cycle précédent (Sky et Eurosport déboursaient 1,16Mds€/an depuis 2017), l’enseignement principal de ce nouveau cycle est le nouveau renforcement du catalogue sportif de DAZN en Allemagne : le « Netflix du Sport » avait déjà mis un pied en Bundesliga cette saison, via une sous-licence conclue avec Eurosport, et il avait remporté le deuxième lot de diffusion de la Ligue des Champions en Allemagne, au détriment de Sky, pour la période 2021-2024. Avec  106 matchs de BuLi par saison, l’opérateur internet confirme son implantation sur le marché allemand et pourra proposer dès 2021 des matchs premiers choix de Champions League en semaine, suivis d’affiches de haut du classement de Bundesliga le week-end.

La mise en lumière des sports non-premiums par l’OTT

En 2019, jamais les sports premiums n’auront autant dominé le paysage audiovisuel sportif à la télévision en clair : plus de 95% du temps d’antennes en live ont été consacré à 6 disciplines (Football, Rugby, Tennis, Cyclisme, Sport Auto et Athlétisme). Cette domination s’accroît depuis 2011, où la part des « autres sports » représentait 20% du volume horaire global, contre moins de 15% en 2015, et moins de 5% l’an dernier.

Toujours depuis 2011, 19 sports parmi les 40 disciplines étudiés par SPORT INDEX n’ont même connu aucune diffusion sur la TNT, hors Jeux Olympiques et La Chaîne l’Equipe. Cette dernière, qui offre par ailleurs une exposition exclusive à 14 disciplines (Aviron, Triathlon, Tir à l’arc, Canoë-Kayak…), s’attache à renforcer son audience par l’acquisition de droits premium, notamment par la diffusion de compétition de football. Ce lundi 30 juin, et après une audience difficile suite à l’arrêt des compétitions pendant la pandémie (La Chaîne l’Equipe a perdu 0,4 point de PDA et 10 000 téléspectateurs en moyenne depuis le début du confinement) la chaîne du groupe Amaury a annoncé avoir signé les droits de diffusion de la Coupe du Roi et de la Supercoupe d’Espagne de Football jusqu’en 2022, diffusées jusqu’à présent sur Canal+ Sport et beIN Sports. Le canal 21 de la TNT retransmettra en clair une vingtaine de matchs par saison pour ces deux compétitions. Cette annonce renforce les droits football de la chaîne, qui, en plus de la large diffusion de la Ligue des Nations, avait obtenu en février dernier les droits de diffusions de la Coupe d’Allemagne, dont la finale sera retransmise en clair sur son antenne le 4 juillet prochain. Une mise en avant du football, au détriment d’autres sports, qui s’appuient désormais sur l’OTT pour être exposé.

En effet, cette fin de saison marque deux événements OTT : l’anniversaire des un an d’existence de Sport En France, ainsi que le lancement du nouveau service OTT sportif français, SportAll.

Tout d’abord, Sport en France, la chaîne du mouvement sportif lancée sous l’impulsion du CNOSF, a profité de cet anniversaire pour faire le bilan de sa première année :

-Sport en France a diffusé 80 sports différents en un an

-Elle a retransmis 276 événements sportifs en direct dont des matchs de Lidl Starligue, de D1 de Volleyball, de championnat du monde de Water Polo et de Long-Track

-108 émissions plateaux, 211 programmes courts ainsi que plus de 500 heures de diffusion de contenus originaux.

Au total, la plateforme compte plus de 1200 vidéos et comptabilisait fin mai 665 000 vues sur son site web. Si les audiences ne sont pas encore mesurées, les résultats de l’enquête de notoriété et d’écoute de la chaîne menée avec Médiamétrie ont confirmé un taux de notoriété de 38% auprès des personnes de 15 ans et +, recevant la télévision par l’ADSL, câble ou fibre optique. De plus, 26% des téléspectateurs de la chaîne la regardent via leur box TV (Orange, Free, SFR, Bouygues et Zeop). Selon l’étude, la chaîne peut toucher un bassin de téléspectateurs d’environ 4,7M d’individus, qui permettrait  aux « autres sports » d’accroître leur exposition médiatique en OTT, et surtout, d’y trouver une compensation à leur absence sur les chaînes de la TNT.

Dans le même temps, SPORTALL, nouvelle plateforme OTT, prépare son lancement, avec l’appui des fédérations sportives et de nombreux investisseurs de l’industrie du sport. La start-up française proposera une offre innovante et un modèle économique inédit. La nouvelle plateforme se positionne comme une  solution internet de bout-en-bout pour la production, la promotion et la diffusion d’évènements sportifs pros et amateur qui permettra aux fédérations, clubs, associations, coachs, athlètes de tous les sports, afin d’augmenter leur visibilité, et ainsi combler l’écart d’exposition entre les autres sports et les sports premium.

Concrètement, SPORTALL proposera un système de captation, de production et de diffusion inédit via internet, à des coûts réduits, par l’utilisation d’une mini-régie sans fil permettant de produire localement un flux en direct multi caméras, avec commentateurs et affichage des scores. Afin d’aider les acteurs du sport dans la réalisation de ces images, SPORTALL lance en parallèle SPORTALL PROCASTERS, un système de production interne qui leur offre des solutions pour la production vidéo-sportive : cameramen, réalisateurs, monteurs, commentateurs. La start-up est d’ores et déjà soutenue par des investisseurs (Sparring Sport Group, Sport Advisory, les incubateurs Belle-de-Mai et Le Tremplin..), et a séduit une dizaine de fédérations (Natation, Lutte, Teqball…).

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