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Autorisation de la diffusion du MMA à la télévision en clair : un renouveau pour les audiences des Sports de Combat ?

Malgré la tempête qui a frappé le sport français en 2020, une éclaircie est apparue pour les acteurs de la MMA (Mix Martial Arts). D’une part, en janvier dernier, la Ministre des sports a accepté l’encadrement des compétitions professionnelles de la discipline, et, d’autre part, fin octobre, c’est le CSA qui a autorisé la diffusion à la télévision en clair de tournois de MMA. Deux décisions pour un sport jusqu’alors ignoré par les instances politiques et administratives nationales, qui pourrait faire décoller les audiences des sports de combat à la télévision, qui ont du mal à fidéliser un large public.

Le CSA autorise la retransmission des combats d’arts martiaux mixtes sur les services de télévision et les services de médias audiovisuels à la demande

Dans une délibération parue le 4 novembre, le CSA précise les conditions autorisant la retransmission des combats de MMA, « à l’issue d’une large concertation menée auprès du ministère des Sports, de son comité d’experts du jeune public, des représentants du MMA, des éditeurs de services de médias audiovisuels et des organisateurs d’événements ou de compétitions de MMA ».

En prenant cette délibération le CSA « a décidé de revoir sa position telle qu’elle résulte de sa recommandation du 20 décembre 2005 sur la retransmission de certains types de combat ». Il avait alors jugé que ce sport portait « atteinte à la dignité des participants » et qu’il était « susceptible de nuire gravement à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs » notamment.

Parmi les conditions posées par le CSA, les diffuseurs devront afficher durant les combats la signalétique « déconseillé aux moins de 16 ans ». Les horaires de diffusion seront les suivants : après 22H30 sur les chaînes et plateformes gratuites, et après 20H30 sur les chaînes et services à la demande payants. Les diffuseurs devront par ailleurs veiller à ne pas diffuser d’extraits violents ou choquants dans la journée.

Par ailleurs, un encadrement pédagogique est prévu de la part des éditeurs. Ceux-ci devront apporter « des éléments de connaissance sur les règles, les techniques, les dispositifs de protection, l’encadrement du MMA et sa pratique amateur ». Les commentateurs devront rappeler « que les athlètes sont des sportifs hautement qualifiés, que les techniques sont potentiellement dangereuses et ne doivent pas être reproduites » et ne pas inciter à la violence.

Le texte a été élaboré pendant plusieurs mois, après une décision du ministère des Sports en janvier 2020,  qui a autorisé pour la première fois l’encadrement du MMA en France, sous l’égide de la Fédération française de boxe. Si sa pratique au niveau amateur était déjà autorisée sur le sol français (au sein des clubs de Lutte, de Boxe, Pieds-Poing et Grappling), c’est sa pratique en compétition professionnelle qui était visée par le cahier des charges du ministère, attendu depuis plus de 20 ans par les acteurs du MMA. Et pour cause, on compte en France plus de 40 000 pratiquants de cet art martial.

La France rejoint, tardivement, ses voisins européens qui diffusent depuis 2014-2015 les combats de l’UFC (Ultimate fighting championships), ligue reine du MMA. En Allemagne, en octobre 2014, l’interdiction de diffuser les programmes d’UFC avait même été déclarée illégitime par le tribunal administratif de Munich, jugeant la décision du régulateur audiovisuel bavarois « disproportionnée ».

Sports de Combat à la télévision : une notoriété difficile à construire

Depuis les Jeux Olympiques 2016 (marqués notamment par les deux médailles d’or en Boxe de Tony Yoka et d’Estelle Mossely), les sports de combats, et plus particulièrement le Noble Art, ont connu une exposition plus forte à la télévision. Mais la constitution d’une base solide de téléspectateurs reste difficile à assurer.

Au lendemain des Jeux de Rio, c’est  Canal+ qui a tout d’abord placé le boxeur Tony Yoka au centre d’une immense campagne marketing, « La Conquête ». Ce programme, mêlant documentaire et combats en live, suivait l’athlète dans sa quête du titre mondial professionnel poids lourd, le plus prestigieux de la discipline, et diffusant tous ses combats. Mais la longue suspension du boxeur[1], couplée au manque d’adversité de ses rivaux sur le ring, n’ont pas permis à la chaîne cryptée de faire décoller les audiences des différents événements qu’elle a diffusé. Depuis 2018, les téléspectateurs sont moins nombreux à suivre les soirées de combats professionnels de boxe sur Canal+ : en moyenne 86 000 en 2018, 95  000 en 2019… et 45 000 en 2020.

Et malgré les investissements réalisés pour suivre la carrière de Yoka, ce n’est pas le médaillé olympique qui a rassemblé le plus grand nombre de téléspectateurs sur Canal+ ces dernières années, mais un autre boxeur français, A. Goulamirian : la soirée de son dernier combat en décembre 2019 avait rassemblé près de 300 000 téléspectateurs, soit 100 000 de plus que celle de Yoka du mois de septembre 2020.

Pourtant, la chaîne avait presque doublé la diffusion des compétitions de boxe, passant de 7h en 2018, à 17h en 2019. Si le Covid-19 a suspendu plusieurs rassemblement cette année, Canal+, en attendant une dernière soirée boxe, compte déjà 10h de diffusion du Noble art en 2020.

De son côté, La Chaîne l’Equipe, a réduit le nombre de diffusion de sports de combat. En 2018, le canal 21 de la TNT avait diffusé (en live et en rediffusion) plus de 300 événements de Judo, de Boxe, de Kick Boxing et de Sumo. En 2019, ce nombre d’événements a été réduit à 180, avec une baisse considérable du nombre d’événements de Boxe (55 en 2018 vs 19 en 2019). En 2020, seules les compétitions de Judo ont été diffusées sur la chaîne.

Logiquement, le volume horaire de cet ensemble de disciplines a également connu une baisse importante, divisé par deux entre 2018 (408 heures) et 2019 (208 heures).

Cette baisse d’exposition sur La Chaîne l’Equipe peut notamment s’expliquer par une diminution des audiences de certaines disciplines de sport de combat. En effet, en 2018, les compétitions des boxe diffusées par la chaîne avait réuni 140 000 téléspectateurs, contre seulement 110 000 en 2019. Idem pour les diffusions de Kick Boxing, qui ont perdu d’une année sur l’autre 20% de la base de leurs téléspectateurs entre 2018 et 2019.

L’arrivée du MMA en clair, un sport ultra-télégénique, pourrait ainsi amener un vent de fraîcheur aux audiences des sports de combats, comme l’avait fait le catch sur W9 à la fin des années 2000.

[1] Tony Yoka a été suspendu une année pour ne pas avoir respecté les règles de contrôle antidopage

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