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Les nouvelles plateformes OTT de sport en France peinent à s’imposer

Dans un marché des médias sportifs français, historiquement dominé par les chaînes de télévision payantes classiques (beIN Sports, RMC Sport, Canal+ et Eurosport), on assiste à l’émergence de nouveaux intervenants, diffusant des contenus sportifs en OTT (Over-the-top). Créées par des acteurs indépendants ou des fédérations sportives, ces plateformes ont pourtant du mal à se faire connaître du grand public.

L’ESSENTIEL

– 85 % des internautes connaissent au moins l’une des quatre chaînes de sport (beIN Sports, Canal+, Eurosport et RMC Sport).

– pour les offres « exclusivement disponibles en OTT », seules la NBA League Pass et l’Euroleague.TV franchissent la barre des 10 % de notoriété spontanée..

L’étude sur la diffusion de sport sur internet, menée conjointement par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et par la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi) au mois de mars 2020, rend compte de la difficulté des offres de contenus sportifs OTT (Over-the-top) à trouver leur place sur le marché. D’une part parce que ces derniers ont une faible notoriété comparée aux chaînes de télévisions traditionnelles, et d’autre part parce que leur utilisation reste complexe pour bon nombre d’utilisateurs.

Faible notoriété des offres de sport en OTT

En effet, les chaînes de télévision sportives « classiques » sont ancrées dans le quotidien des Français. Selon l’étude CSA-Hadopi, 85 % des internautes connaissent au moins l’une des quatre chaînes de sport (beIN Sports, Canal+, Eurosport et RMC Sport), alors que seulement 40 % connaissent leur déclinaison OTT. S’agissant des offres « exclusivement disponibles en OTT », le NBA League Pass et l’Euroleague.TV sont les seules à franchir la barre des 10 % de notoriété spontanée.

En ce qui concerne les abonnements, le marché reste pour l’instant dominé par les offres traditionnelles. Si 24 % des internautes de 15 ans et plus indiquent être abonnés à au moins une offre de sport (chaîne de télévision ou service OTT), les deux tiers y ont souscrit, de manière exclusive, via la box d’un fournisseur d’accès à internet (FAI) ou un décodeur Canal. Et seuls 5 % des internautes (21 % des abonnés) ont utilisé le seul canal OTT.

De plus, les offres de sport en OTT souffrent d’un déficit de compréhension : à peine plus du tiers des personnes interrogées (36%) trouvent leur fonctionnement clair et seulement 12 % très clair.

ESPN+ : une offre OTT complémentaire des chaînes

Lancé en avril 2018, ESPN+, service de streaming du groupe Disney, trouve progressivement son public en France grâce à son offre qui se veut complémentaire des offres centrées sur une compétition ou un sport précis.

Le service comptait à la fin du quatrième trimestre 2020 près de 11,5 millions[1] d’abonnés dans le monde contre 2,2 millions à fin juin 2019. Si l’on reste loin du nombre d’abonnés aux chaînes ESPN (80 millions), le streaming représente désormais 10 % de la base d’abonnés globale.

Le service, qui ne diffuse pas les épreuves majeures retransmises par ses chaînes sœurs, se veut complémentaire. Son positionnement, tout en restant premium, met en valeur des disciplines et/ou compétitions alternatives (MLB games, UFC Fight Nights, Top Rank Boxing ; compétitions européennes de football Bundesliga, Serie A et Premier League ; PGA Tour, Big 12 ; American Conference College sports, ou encore U.S. Open de tennis). Surtout, ESPN+ propose une large librairie de contenus à la demande, dont de nombreux documentaires, pour partie exclusifs.

Contrairement à ESPN+ aux Etats-Unis, la plateforme OTT DAZN, qui propose du sport en direct et à la demande, peine à trouver sa place sur le marché français. Après un lancement mondial sur 200 nouveaux territoires, dont la France le 1er décembre 2020, elle s’est portée candidate pour l’acquisition des droits de Ligue 1 et de Ligue 2 suite au retrait de Mediapro début 2020. Mais son offre a été insuffisante pour être retenue lors de l’appel d’offre déclaré infructueux le 1er février. Faute de détenir des droits suffisamment qualitatifs, il est loin d’être un concurrent pour des diffuseurs premium, comme il l’est pour Sky en Grande Bretagne (Lire dans de dossier : Football européen : la domination de Sky attaquée par l’ambitieux service de streaming DAZN).

 

Les grandes ligues françaises se lancent dans l’aventure OTT

Afin d’accroître leur visibilité et de diversifier leur offre de vidéo, la Fédération Française de Foot (FFF), la Ligue Nationale de Basketball (LNB) et la Ligue Nationale de Volleyball (LNV), ont lancé, tour à tour, depuis fin 2018, leur propre plateforme de vidéo OTT.

La FFF a lancé, le 18 septembre 2020, son service de streaming vidéo FFF.TV. Accessible sur ordinateur, tablette, smartphone et sur téléviseur connecté, et hébergé par le site de la Fédération, celui-ci vise à augmenter la visibilité des compétitions estampillées FFF et des sélections nationales. En plus des résumés des matchs, insides, tops actions de la journée (déjà accessibles sur YouTube), le service propose des matchs en Live et en replay de D1 Arkema, de National 1, de la Coupe Gambardella et du championnat de France de Futsal.

Du côté du basketball et de la LNB, les problématiques des droits TV et de l’exposition ne sont pas les mêmes que celles du football. Après cinq années de diffusion de la Jeep Elite par RMC Sport (Groupe Altice), moyennant 10 M€/an, et faute de renouvellement de ce contrat, la LNB a du se tourner vers une stratégie « 100 % en live, 100 % gratuit, 100 % commenté » de diffusion sur trois canaux différents pour la saison 2020-2021 : le basket français est accessible depuis le vendredi 2 octobre 2020 à la fois sur la chaîne l’Equipe, sur Sport en France et sur LNB.TV.

La nouvelle plateforme (également hébergée sur le site de la Ligue), diffuse en direct l’ensemble des rencontres de Jeep Elite (autre que celles proposées par La Chaîne l’Equipe) et de Pro B. Tout comme FFF.TV, LNB.TV propose des résumés, des insides, des interviews et des tops actions pour être au plus près des utilisateurs de la plateforme.

En octobre 2018, faute d’accord avec des diffuseurs en clair ou en payant, la Ligue Nationale de Volley avait officialisé le lancement de la LNV TV, une web TV payante, pour permettre la diffusion des championnats de France de volley masculin et féminin. En partenariat avec Oppia Performance, et malgré de nombreux problèmes techniques au cours de la première saison de diffusion, la chaîne de streaming a été reconduite pour la saison 2019-2020 et 2020-2021.

De même que les trois grandes instances françaises de sport collectif, la start-up française Sportall a franchi le pas.  En lançant en novembre 2020 son application dédiée à la retransmission de toutes les disciplines sportives, celle-ci entend renouveler l’approche du sport en OTT.  En effet, la plateforme se positionne comme l’unique solution bout-en-bout pour la production, la promotion et la diffusion d’évènements sportifs professionnels et amateurs.  Dans un paysage audiovisuel sportif dominé par les sports dit « premium », elle vise ainsi à aider les ayant-droits (fédérations, clubs, associations…etc.) à augmenter leur visibilité en diffusant gratuitement leurs contenus.

En 2020, Sportall a réalisé une deuxième levée de fonds à hauteur de 1,3 million d’euros auprès de différents investisseurs. La plateforme OTT se positionne comme « nouveau media du sport ». Son PDG, Thierry Boudard, souhaite poursuivre le développement en France avant de se projeter sur la scène internationale.

 

Et à l’étranger ?

La montée en puissance de la consommation du streaming sportif en ligne a incité les ligues européennes à développer leurs propres plateformes OTT, en complément ou de manière plus frontale par rapport aux diffuseurs traditionnels.

LaLiga a lancé au mois de mars 2019 LaLigaSportsTV, un service OTT de streaming en ligne multisport disponible sur IoS, Android, Samsung SmartTV et ChromeCast, permettant aux amateurs de sports espagnols (tant en Espagne qu’à l’international) de profiter d’une large couverture médiatique du football et d’autres sports ordinairement moins populaires.

 

En août 2018, IMG, le détenteur des droits de diffusion du championnat de football Italien, a lancé son propre service OTT, le Série A Pass, dans les pays où le Calcio n’a pas de diffuseur officiel (la grande majorité se situe en Asie et en Océanie – soit plus de 40 pays au total). Le service propose l’ensemble des matchs de la Serie A en direct et en rediffusion, ainsi que des magazines et un accès aux archives du championnat.

 

L’UEFA a lancé, en mai 2019, UEFA.tv, sa plateforme de streaming OTT – la première pour une instance dirigeante du football –, qui vise à donner aux spectateurs un plus grand accès aux contenus de plusieurs compétitions, en direct ou à la demande.

 

 

[1] D’après un communiqué Disney

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