Transfert de Jaminet : le Stade toulousain sous le coup d’une amende de 1,3 million d’euros

L’essentiel
  • Quoi — le 21 mars 2025, le Stade toulousain et la Ligue nationale de rugby (LNR) annoncent, par communiqué conjoint, la fin d’une médiation ouverte début février : le club versera 1,3 million d’euros à la LNR. Le communiqué qualifie cette somme de « contribution » ; la presse l’a rapportée comme une amende.
  • Qui — c’est le club qui paie, pas le joueur. Melvyn Jaminet n’a été sanctionné par aucune instance dans ce dossier.
  • Pourquoi — le transfert de Melvyn Jaminet de l’USA Perpignan vers Toulouse en 2022 : le joueur avait payé lui-même, via deux emprunts personnels, les 450 000 euros de rachat de son contrat, somme que le club prévoyait de lui rétrocéder par un intermédiaire.
  • Depuis — le volet sportif s’est refermé le 15 décembre 2025 par une seconde sanction (retrait de points et amende), que le club n’a pas contestée. Le volet judiciaire, lui, se poursuit : au 1er septembre 2026, l’enquête est instruite à Bordeaux.

Le 21 mars 2025 en fin de journée, le Stade toulousain et la Ligue nationale de rugby publient un communiqué commun. Il met un terme à une procédure de médiation ouverte début février au sujet du salary cap, que le club champion de France en titre était soupçonné d’avoir contourné à l’occasion du transfert de Melvyn Jaminet. Le club s’engage à verser 1,3 million d’euros à la Ligue.

Le mot employé compte. Le communiqué ne parle pas d’amende mais d’une « contribution », versée dans le cadre d’un accord de médiation — une procédure négociée, distincte d’une condamnation prononcée par une commission de discipline.

« La LNR avait pris acte de la décision du Stade toulousain de se doter d’un programme de conformité aux règles d’éthique et d’équité sportive qui lui sont applicables. »
Communiqué conjoint LNR – Stade toulousain, 21 mars 2025, cité par Rugbyrama

Qui a décidé quoi, exactement #

Le dossier Jaminet a mobilisé des instances différentes, qui n’ont ni les mêmes pouvoirs ni le même degré de contrainte. Les confondre revient à changer la nature des faits.

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DateInstanceNature de la décision
21 mars 2025Médiation LNR / Stade toulousain (règlement Salary Cap)Accord négocié. Versement de 1,3 M€ à la LNR, qualifié de « contribution » par le communiqué conjoint.
15 décembre 2025Conseil de discipline du rugby français (commission de discipline et de régulation), saisi après instruction de la CCCPSanction disciplinaire : retrait de 2 points fermes au classement du Top 14 en cours, plus 2 points avec sursis, et 45 000 € d’amende dont 15 000 € avec sursis.
Depuis février 2026Parquet de Toulouse, puis juridiction bordelaiseEnquête préliminaire, ouverte après une plainte contre X déposée par le club. Aucune décision de justice à ce jour.

Ce que le club était accusé d’avoir fait #

Pour rejoindre Toulouse en 2022, Melvyn Jaminet avait contracté deux emprunts personnels afin de régler lui-même les 450 000 euros de rachat du contrat qui le liait à l’USA Perpignan. Le Stade toulousain, présidé par Didier Lacroix, prévoyait de lui rétrocéder cette somme par l’intermédiaire d’un tiers — un montage qui revenait, selon la Ligue, à sortir la dépense de l’assiette du salary cap.

Le point décisif est que ce remboursement n’est jamais arrivé à destination : le montage a capoté et le joueur s’est retrouvé endetté. C’est pour cette raison que Rugbyrama écrivait, le jour même de l’accord de médiation, que « l’affaire n’est pas terminée ». La suite lui a donné raison.

Ce qui s’est passé depuis : la chronologie complète #

  • 21 mars 2025Accord de médiation : 1,3 M€ versés à la LNR. Le club espérait une procédure confidentielle ; elle ne l’est pas restée.
  • 8 décembre 2025Le Stade toulousain est auditionné à Paris par le Conseil de discipline du rugby français, sur un autre volet du même dossier.
  • 15 décembre 2025Décision. Le club écope d’un retrait de 2 points fermes au classement du Top 14, de 2 points supplémentaires avec sursis et d’une amende de 45 000 €, dont 15 000 € avec sursis. Le Biarritz olympique est sanctionné de la même manière pour des faits similaires, mais sur des montants inférieurs.
  • Février 2026Le Stade toulousain dépose plainte contre X. Le parquet de Toulouse ouvre une enquête préliminaire pour abus de confiance.
  • 7 mai 2026L’enquête est transférée à Bordeaux et élargie à des faits susceptibles de constituer une escroquerie en bande organisée, un blanchiment en bande organisée et un blanchiment d’abus de biens sociaux. Le club se présente comme une victime.

Le motif retenu en décembre 2025 est précis. Selon le communiqué officiel, le Conseil de discipline a estimé que les flux financiers entre le club et les sociétés Pacific Heart – Rugby Store, présentés comme une convention d’agence destinée à organiser une tournée en Polynésie française, avaient « en réalité notamment servi à régler les conséquences financières du départ de M. Melvyn Jaminet du club de l’USAP » et que ce montage relevait d’un « habillage juridique et financier visant à détourner des financements de leur véritable objet ».

Pour fixer une sanction qui a pu paraître mesurée, l’instance a retenu l’absence d’incidence sur le niveau de masse salariale autorisée, la reconnaissance partielle des faits, et « la contribution financière déjà versée par le club dans le cadre de l’accord de médiation » — la meilleure confirmation disponible que les 1,3 million d’euros ont bien été payés.

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Où en est la procédure aujourd’hui #

Sur le plan sportif, le dossier Jaminet est clos. Le Stade toulousain disposait de sept jours pour faire appel de la décision du 15 décembre 2025 ; il ne l’a pas fait, et son président l’a assumé publiquement.

« On a eu l’impression d’avoir reconnu nos fautes, payé, puis d’être de nouveau convoqués sur le même sujet, mais sur une autre partie. Nous n’avons pas voulu faire appel pour que l’histoire ne continue pas. »
Didier Lacroix, président du Stade toulousain, 6 mai 2026, propos rapportés par Rugbyrama

Le volet judiciaire, en revanche, reste ouvert au 1er septembre 2026. Il s’agit d’une enquête, et non d’un procès : aucune juridiction n’a statué, et la présomption d’innocence s’applique à l’ensemble des personnes et sociétés concernées.

Ne pas confondre avec l’autre dossier salary cap #

Deux affaires distinctes, souvent mélangées
Les amendes de 2,88 puis 2,725 millions d’euros infligées au Stade toulousain en 2026 ne concernent pas le transfert de Melvyn Jaminet. Elles portent sur les contrats de droit à l’image conclus avec la société 3S-Alyzia et sur des primes de victoire de la saison 2024-2025.

Le 3 juillet 2026, la section spécialisée « Salary Cap » de la commission de discipline et des règlements de la LNR a prononcé contre le club une amende de 2 880 570,65 € : 1 830 570,65 € pour dépassements du plafond, 1 000 000 € pour manquements à l’obligation générale de transparence et de coopération, et 50 000 € au titre de la révocation d’un sursis prononcé le 9 octobre 2023.

Le club a fait appel le 10 juillet. Le 27 août 2026, la commission d’appel fédérale de la FFR a ramené la sanction à 2 725 000 € : elle a écarté le grief sur les primes de victoire, ramenant le volet « dépassement » de 1 830 570,65 € à 675 000 €, mais a porté de 1 à 2 millions d’euros la sanction pour manquement à la transparence. Le 31 août, le Stade toulousain a jugé cette décision « infondée en droit » et d’une « extrême sévérité », et annoncé étudier des recours devant le CNOSF et la juridiction administrative.

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Le salary cap, un dispositif qui s’est durci #

Le salary cap est une règle instaurée en 2010 par la LNR pour maîtriser les masses salariales et préserver l’équité sportive. Plusieurs clubs ont été condamnés pour avoir tenté de la contourner : le Stade toulousain l’avait déjà été, à hauteur de 50 000 euros d’amende avec sursis, pour le transfert de Cheslin Kolbe à Toulon ; Montpellier avait été sommé de verser trois millions d’euros à la LNR pour un dépassement de plafond. Le dispositif s’est durci depuis : des sanctions sportives ont été introduites en juin 2025 par le comité directeur de la LNR, applicables aux seules infractions commises à compter de la saison 2025-2026 et contrôlées à partir de 2026-2027.

Melvyn Jaminet a-t-il été sanctionné ?
Non. Dans ce dossier, les sanctions disciplinaires ont visé le club — la SASP Stade Toulousain Rugby. Le joueur, qui a porté les couleurs toulousaines de l’été 2022 à décembre 2023, n’a fait l’objet d’aucune sanction de la LNR ni de la FFR à ce titre.
Les 1,3 million d’euros sont-ils une amende ?
Juridiquement, non : le communiqué conjoint du 21 mars 2025 parle d’une « contribution » versée dans le cadre d’un accord de médiation, et non d’une amende prononcée par une commission de discipline. La presse a très largement employé le mot « amende », y compris dans ses titres. La somme a bien été payée.
Le Stade toulousain a-t-il perdu des points au classement ?
Oui, mais en décembre 2025 et non en mars 2025. Le Conseil de discipline a prononcé un retrait de deux points fermes, applicable au classement du Top 14 de la saison alors en cours, assorti de deux points avec sursis. Le club n’a pas fait appel.
L’affaire est-elle terminée ?
Le volet disciplinaire, oui. Le volet judiciaire, non : une enquête préliminaire, ouverte après une plainte du club et désormais instruite à Bordeaux, se poursuit au 1er septembre 2026. Aucune décision de justice n’est intervenue.
Cet article rapporte des procédures disciplinaires et une enquête judiciaire en cours. Les faits sont restitués d’après les communiqués officiels et la presse spécialisée cités ci-dessous ; la présomption d’innocence s’applique. Pour l’état exact d’une procédure, se reporter aux communiqués de la LNR.
Sources

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